Genèse Hove late

 

J’ai été invité, avec le compositeur Marc Démereau,  par le théâtre Garonne sur la saison 2003/2004 à créé trois formes scéniques où le cinéma serait source d’inspiration pour la musique et la scène. Ce sicle à pris le nom de Variations. Le thème nous étant donné par le choix des films il nous restait la variation. Ce fut donc trois variations autour des Films Prova d’orchestra (F.Fellini), La nuit du Chasseur (C.Laughton) et Les chevaux de Feu (S.Paradjanov).

 

 

 

Adaptation libre de La Nuit du Chasseur, Hove Late est une immersion dans la noirceur de l’âme du révérend Harry Powell personnage central du film de Charle Laugton interprété par Robert Mitchum. Ce spectacle nous plonge dans un thriller musical et jette un regard sur la culture américaine (Henri David Thoreau, Charles Ives, Tom Waits, David Lynch, Davis Grubb…), la religion, la notion du Bien et du Mal, le Noir et le Blanc…et le rêve américains des premiers quakers.
Dix musiciens, dix silhouettes noires, clones du prêcheur de Laughton, se retrouvent autour d’une immense table carrée et mobile sur laquelle est agencée toute l’instrumentation et qui devient tour à tour table d’un étrange conseil, table de jeux, autel, et surtout point focal autour duquel notre regard tourne et se cogne aux parois noires laiteuses qui nous englobent.Les ombres projetées sur les murs, les corps qui apparaissent et disparaissent du noir nous font frissonner et nous retenons notre respiration pendant une heure et demie face à la puissance qui surgit du plateau, des corps et de la musique.

 

 

«Tout a été dit sur ce film, « unique », « inclassable », « mythique », qui brille de l’éclat du diamant noir (comme son ouverture) au firmament des salles obscures où se terrent nos plus délicieuses frayeurs. On ne peut que rappeler son étrange poésie, à la fois sombre et lumineuse qu’on a dit  » crépusculaire  » et qui est plus encore, nocturne et lunaire ; baignant dans les éclairages contrastés d’une froide lumière qui sculpte des décors aux arêtes gothiques (ceux de la chambre nuptiale où Powell assassine, quasi rituellement, Willa) et des ombres énigmatiques, fugaces, terrifiantes (celles de ce chasseur de la nuit qui semble  » ne jamais dormir « , comme le dit le petit John). Parcours initiatique bercé de chansons et de comptines pleines de significations secrètes où les voix du bien et du mal s’affrontent, comme l’amour et la haine tatouées sur les mains d’étrangleur de l’ogre Powell. Une atmosphère d’onirisme mystérieux, rêve ou cauchemar éveillé, traverse de part en part ce conte moderne en forme de thriller. Mais c’est aussi une belle fable, une parabole lucide où se rencontrent l’enfance et la vieillesse, partageant la même fragilité et la même force de résistance. Celles d’une grand mère Courage et d’une nichée d’enfants perdus, tous orphelins de ce monde « cruel aux plus faibles » qu’ils recréent sur un îlot au bout de la rivière d’argent. Le film s’offre comme un immense réservoir à métaphores dont le décryptage déploie un recueil infini de lectures.»             

 

France Demarcy