Genèse W il giradischi

 

J’ai été invité, avec le compositeur Marc Démereau, par le théâtre Garonne sur la saison 2003/2004 à créé trois formes scéniques où le cinéma serait source d’inspiration pour la musique et la scène. Ce cycle à pris le nom de Variations. Le thème nous étant donné par le choix des films il nous restait la variation. Ce fut donc trois variations autour des Films Prova d’orchestra (F.Fellini), La nuit du Chasseur (C.Laughton) et Les chevaux de Feu (S.Paradjanov).

 

 

 

Premier volet de la série des trois Variations inspiré par le film de Federico Fellini Prova d’Orchestra, W il Giradischi est un voyage sur fond de révolte et joue avec humour et folie le rapport au pouvoir, au groupe et à la déconstruction.
Une grande toile rouge tendue au sol, quelques chaises et pupitres, deux tables… un espace de jeu pour un orchestre en répétition, prétexte pour une mise à bas de quelques poncifs sur les notions d’ordre et de désordre. On passe sans raison d’une tentative absurde d’agencement de l’orchestre à un chaos de chaises, de pupitres et de partitions « jetés sur la toile »; d’une musique électronique répétitive prétexte pour s’engager dans une danse mi-élégante mi-effrayante à une lente mélodie de cuivres accompagnant le meurtre de César, ou encore, d’un faux entracte accompagné par la lecture d’une interminable liste historico-imaginaire des révolutions dans le monde à un morceau aux résonances mexicaine (trompettes & accordéon).
On assiste alors à une divagation sans queue ni tête où la musique et la poésie sauvent la mise d’un groupe à la recherche de réponses à ses errances. Et tout le monde scande avec joie : w il giradischi – w il giradischi – w il giradischi – w il giradischi (traduction de l’italien : vive le tourne disque).

 

 

 

«…En 1975, dans les studios de Cinecitta, Federico Fellini assiste avec Nino Rota à l’enregistrement de la bande-son de son film Casanova. Soudain, le jeune chef d’orchestre Lucas Pfaff est interrompu par les gesticulations d’un percussionniste. La simple présence d’une équipe de télévision réalisant un reportage sur le cinéaste déclenche l’ire des instrumentistes, qui, pour continuer à jouer, exigent la moitié d’un cachet supplémentaire. Le producteur refusant de payer, la séance de travail est interrompue dans un tollé. Fellini vitupère « cette race de mercenaires ». 
La mésaventure lui inspirera, en 1978, Prova d’orchestra (Répétition d’orchestre), un film télé de soixante-dix minutes mêlant, dans un chaos indescriptible, les mesquineries des musiciens, leurs revendications syndicales, leur rejet du maestro tyran – qu’il remplace par un métronome – la mort d’une harpiste écrasée par une énorme sphère, avant que l’autoritarisme du chef, revenu entre-temps, ne finisse par triompher. Fellini, qui se méfiait de la musique « par peur d’être envahi et conditionné », avouait que « cette opération de mise en ordre du désordre » provoquait en lui « une grande émotion ». Ses détracteurs dénoncèrent le caractère réactionnaire, voire fascisant, du propos, tandis que son auteur, se défendant de toute intention politique et sociologique, s’évertuait à parler d’ « apologue éthique » ou « de documentaire lyrique ». Courageusement soutenu par le président Pertini (« Ce film n’est ni progressiste ni réactionnaire, il est vrai »), Prova d’orchestra devint l’expression « de l’angoisse et du désespoir d’un Italien d’aujourd’hui vivant dans son pays »…» 

 

Erikson Franck in L’Express