Genèse « Brad Pitt et moi, portrait d’un européen »

 

Quelques mois après une première version signée Claude Bardouil, en solo à la Cave Poésie, « Brad Pitt et moi » devient un duo élaboré en collaboration avec Manuela Agnesini. Ensemble ils réécrivent la proposition de départ dont le sujet reste le théâtre: comment raconter une histoire sans passer par les ficelles éprouvées de la narration ? Les deux artistes convoquent une poignée de figures héroïques. Elles se succèdent jusqu’à dessiner les contours d’une remise en question de la représentation théâtrale. De la superposition d’écrits multiples (dialogues de fictions et d’autofictions, chansons, vidéo, textes théoriques…) émerge alors une réflexion sur la place de l’artiste dans un monde où l’uniformisation guette.

Notre réflexion se nourrit de la distance et du frottement entre les figures de héros convoquées et nous-mêmes. Une familiarité s’installe dans notre  rapport à ces existences brûlées qui fascinent les masses. Loin de la caricature et de la dérision, nous nous approprions ces figures si aimables. Ces êtres seraient-ils encore héroïques s’ils vivaient aujourd’hui ? Le théâtre est un prétexte pour interroger notre place dans le monde, c’est le lieu où tenter d’exister dans une singularité à inventer. Il questionne notre capacité à rester vivant.

 

Claude Bardouil et Manuela Agnesini, Toulouse, juin 2007

 

 

Notes de répétitions

 

« Brad Pitt et moi » est une interrogation sur le théâtre et ses modes de fonctionnement. Toute histoire à raconter générant des personnages, la figure du héros est ici envisagée comme une essence du théâtre. Cette figure est déclinée à travers quelques noms, tels Kurt Cobain, ou Marilyn Monroe, autant de héros blonds presque interchangeables et disparus en pleine gloire. La tragédie ainsi posée nous conduit à interroger la représentation de la mort, le héros courant inévitablement vers cette fin tragique, même s’il y échappe. On pourra également se référer à la structure des pièces de théâtre Nô qui, toutes, mettent en scène un esprit errant, aux prises avec ses démons, narrant les circonstances tragiques de sa mort.
Le cœur antique est présent sur scène à travers les médias. Des images nous représentant dans un entretien télévisé questionnent le théâtre et la notion de héros. C’est une trace d’autofiction déjà à l’œuvre dans la première ébauche de « Brad Pitt et moi », créée à la Cave Poésie en décembre 2006. Cette vidéo s’intègre dans le fil narratif et accompagne le spectacle dans toute sa durée. C’est une manière de questionner les actions à dérouler sur une scène contemporaine, là où, déjà, elles ont tant été visitées. Comment alors raconter une histoire ?
Quelle écriture déployer sans recours à la narration ?
Cette proposition s’articule autour d’une pensée additive. C’est une écriture d’agencement qui se construit par la stratification de la pensée, comme autant de tentatives de narration qui échouent avant leur terme, sans cesse remis à plus tard. Et de cette superposition de textes multiples, qui chacun conte une histoire, un sens se révèle…